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Carte de l'Estuaire de la Gironde.

Agglomération : Royan Atlantique. Région : Haute-Saintonge. Région : Haute-Gironde. Région : Médoc.

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L’intense bouillon de culture

Territoire gigantesque aux métropoles lointaines, l’Estuaire n’est pourtant pas un désert culturel. Des artistes y vivent, y viennent, y créent, aimantés par des paysages, des lumières, des histoires. Et surtout soutenus par un réseau d’acteurs locaux en demande.

Une histoire de points de vue

“J’ai vécu pendant 30 ans dans le Cantal, c’est là-bas que mon travail de sculpteur est né, mais je sentais un blocage, je cherchais ma fenêtre. Je l’ai trouvée ici. Cette fenêtre c’était l’eau. Je ne m’attendais pas à être autant saisi par le paysage”. Depuis 2005, le sculpteur Denis Tricot a retrouvé la maison de famille de Mortagne sur Gironde. Il faut le voir tendre ses arcs de bois en plein air, toujours accompagné, d’un danseur, d’un écrivain, d’une comédienne, aux prises avec le le paysage, le vent, dans un rapport direct au public. En 2009, son œuvre Orgue et danse de bois à Saint-Seurin d’Uzet avait subjugué 450 personnes, l’an dernier ses visites sculptées à Blaye, ont déambulé de la citadelle aux marais. “A la fin de ces visites, j’ai vu tout ce qu’il y avait dans les yeux des gens. Cette intensité du partage est pour moi essentielle”.

Un potentiel colossal

Denis Tricot n’est pas le seul à succomber aux attraits d’un Estuaire généreux, prêt à nourrir les inspirations créatrices. Aurore Aulong, jeune vidéaste bordelaise se souvient d’une “immersion intense” lors de son travail Miroirs d’Estuaire, exposition itinérante commandée par Michèle Malavallon, découvreuse insatiable de talent photographique dans le Médoc. “Ce territoire a une grosse charge de séduction, c’est une passion qui se communique” témoigne Jean-François Prévand, directeur des Chantiers Théatre de Blaye depuis 2002. Même constat auprès de Pier Guilhou, directeur de Via la Rue, Collectif de Développement des arts de la Rue, qui propose le pectacle de la compagnie Turak "Nouvelles et courtes pierres" sur l'Île Nouvelle; Il y y voit “un espace sauvage et préservé au potentiel colossal. C’est toujours un choc pour les artistes. Ces îles et rivages relèvent du fantasme d’un territoire vierge à défricher”. Une terre où l’imaginaire galope à toute vitesse. Comme celui du metteur en scène bordelais Frédéric Maragnani lorsqu’il accoste pour la première fois sur les îles. “C’était incroyable : Patiras c’est la verticalité avec ce phare, Nouvelle c’est au contraire l’horizontalité. La rue vide de tout habitant, le village abandonné, c’est comme dans un western”. De cette rencontre choc nait le projet “Vues d’ici”, cinq cartes postales paysagères théâtrales inspirées de l’Estuaire et écrites par Noëlle Renaude. Deux ont déjà vu le jour sur les îles, et seront encore montrées cette année en ouverture du festival Histoires d’îles (voir encadré) et une troisième sera créée cet été dans les marais.

Travailler en réseau

Qu’il s’agisse des sculptures de Denis Tricot ou des pièces de Noëlle Renaude, le soutien des institutions et des collectivités locales ont été indispensables pour les amener au public local. Luttant contre l’isolement géographique, ces acteurs culturels tissent patiemment un réseau. “Au nord de Saint-André de Cubzac il y a moins de structures culturelles et d’équipement’ constate Jean-François Prévand. Mais ce qui est enthousiasmant c’est que vous trouvez des partenaires en demande.” Ce qui permet à un événement phare comme le festival de théâtre de Blaye d’élargir son territoire de représentations pour toucher d’autres publics. “Aujourd’hui nous avons autant de spectateurs à Blaye que sur les communes alentour pendant le festival.” Et l’édition 2011 se lancera dans une nouvelle aventure avec des représentations côté Médoc à Cussac. La création du collectif Gaspard regroupant cinq compagnies de théâtre professionnelles de Haute Gironde est aussi le signe d’une vitalité. Installées depuis peu dans la région, ces troupes souffraient “d’un manque de visibilité et de diffusion des spectacles”, selon David Allain, comédien de la Cie Imagine basée à Gauriac. Depuis le lancement de Gaspard en 2009, deux emplois ont été créés, les tâches administratives ont été mutualisées, et la visibilité s’est accrue.

“Des extravagances absolues”

Après avoir longtemps concentré ses efforts sur le patrimoine local, l’Agglomération Royan Atlantique, joue aujourd’hui la carte plus délicate de la création contemporaine. Et ça marche! En prenant soin d’installer l’artiste pour des résidences longues pétries de rencontres avec les habitants, d’ateliers et de temps festifs, ces projets ouvrent le champ des expérimentations tout en gardant la confiance des communes d’accueil. Denis Tricot a été le premier à inaugurer ce cycle, le public et les élus ont en redemandé. Aujourd’hui cette direction contemporaine se poursuit avec l’Opération Containers pour “des escales artistiques à domicile”. La prochaine accueillera le créateur sur métal Stéphane Rozand à Saint Augustin, du 23 mai au 19 juin. En octobre dernier, c’est Carole Marchais qui s’est ainsi installée un mois à Talmont, face à l’Estuaire, avec son installation “Les chambres sensorielles” inspirées de ses rencontres et des paysages. Denis Tricot est sûrement allé visiter ce container en voisin. “Quand j’ai quitté Mortagne dans les années 70, j’avais l’impression qu’il n’y avait que des chasseurs. En revenant tout avait changé. Il y a un vrai environnement artistique. On a l’impression que c’est le néant mais en fait on y rencontre des extravagances absolues.”

 

Univers de l’Estuaire 2011

Stéphanie Pichon

L'univers de l'Estuaire
SMIDDEST
12, rue Saint-Simon
33390 Blaye , France

Tél. : +33 (0)5 57 42 28 76

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